( 24 juin, 2014 )

correspondance d’un lieutenant de la grande guerre

 

Avant de quitter cette maison que je ne reverrai peut etre jamais ,avant de partir pour aller défendre de toutes les  forces  de ma volonté mon pays menacé ,ma pensée première est pour vous .Je vous donne tout mon amour ,toute ma tendresse de mari et de père

1er aout

 c’est décidé nous partons ce soir ,pour ou?,je n’ en sais rien ou du moins je ne suis pas tout à fait fixé.Probablement pour bussang , en face du col de bussang, frontière allemande .Les hommes ont une attitude admirable ,ils sont fiers de partir pas une manifestation contraire quelques hommes du service auxiliaire  de ma compagnie m’ont demandé  à partir :ils viendront avec nous .Belley est aussi animé qu’une grande ville ,je suis débordé de travail ,ce n’est pas une petite affaire que de mettre une compagnie sur le pied de guerre.

 

C’est décidé nous partons ce soir à 9h ,dis a C que je compte sur lui pour agir en bon francais en s’engageant immédiatement peut etre nous trouverons nous  un jour cote à cote au combat et maintenant , a Dieu ,va,haut les coeurs ,il s’agit de l honneur et de l’indépendance de la France  .Je pars pleins de confiance dans mon pays

Nous voilà installés dans notre cantonnement tout près de la frontière ,pret à intervenir s’il le faut et si les allemands nous attaquent .Nous avons passé la nuit sur le qui- vive et ce matin nous avons été très étonné de voir le levé du soleil sans qu’il n’ y est eu  la moindre  alerte nous sommes à nos aise  au milieu d’une population pleine d’enthousiasme et de patriotisme .Hors pour arriver ici nous avons pris un petit chemin de fer nous avions un train par compagnie .Tout le long du chemin tu ne saurais concevoir l’enthousiasme que nous avons rencontré surtout chez les femmes il y avait d’ailleurs très peu d’hommes puisqu’ils sont partis ,a chaque arret on offrait des bouquets aux hommes ,à moi une petite fille que j’ai embrassé m’a remis un bouquet tricolore entouré d’un ruban tricolore aussi .Les fleurs sont maintenant fanées mais j’ai gardé le ruban je le donnerai a la première alsacienne que nous rencontrerons après avoir franchi la frontière .Car nous la franchirons cette frontière .Jamais la  France n’aura une meilleure occasion de sortir victorieuse de la lutte .Oh ! je sais bien qu’il y aura des larmes,des pleurs ,des souffrances,des deuils mais c’est pour la grandeur ,la gloire et l’indépendance de la France cette guerre est inévitable.

correspondance d'un lieutenant de la grande guerre  

aout 1914

Le 1er aout 1914 a l heure anxieuse ou la mobilisation n’était pas encore décrétée ,mais ou l’on pressentait déjà le tragique dénouement du conflit qui était venu assombrir la fin de juillet le 133ème quitta belley .La population ,dont l ame vibrait avec c elle de ses soldats, l’acclama longuement:un meme frisson passait sur ceux qui restaient et sur ceux qui partaient .Et le dernier wagon qui;point noir;disparu au loin ,au contour de la voie ,put encore percevoir l’écho des adieux qui lui étaient adressés.

Le régiment du 7 ème corps,fut tout de suite dirigé vers la frontière de l’est et gagna la vallée de la haute moselle .Il y arriva le 2 au soir .Une belle journée d’été venait de finir .Devant nos soldats ,dans le ciel qui s’éteignait ,se dressait » la ligne bleue des Vosges »comme pour cacher l’éternel ennemie avec lequel demain peut etre,ou tout a l heure ,il faudrait encore s’entre-tuer.Pour l’instant,on ne s’en approchait pas plus près.Les ordres du gouvernement,qui voulait prouver jusqu’au bout ses intentions pacifiques,étaient de rester a 10 kms de la frontière.

Le 2ème bataillon s’arreta donc au guillot,le 3ème au mesnil,le 1er était un peu en arrière,a Ramonchamp,avec l’artillerie divisionnaire du 4ème RAC et l’état major.

La nouvelle de la déclaration de guerre parvint le 05 aout au régiment et mit fin a l’incertitude de ces angoissantes journées .On ne voulait pas la guerre;mais;puisqu’on l’avait, »ils »allaient voir ce que leur provocation allait leur couter!

Le 15ème chasseur monta occuper les positions frontière du col de bussand et du ballon d’alsace .Une compagnie du 133ème,la 4ème,fut détachée a la jumenterie pour lui servir de soutient .Le 1er bataillon quitta alors Ramonchamps pour venir remplacer les chasseurs a st maurice.Les réservistes arrivaient au dépot .Le 6 le 2ème échelon rejoignit le 1er dans ses contournements .Le133ème se trouvait ainsi constitué sur pied de guerre.

 

5 Aout stMaurice

tu dois savoir depuis longtemps que la guerre est déclaré nous l’avons apris sans émotions puisque nous nous y attendions depuis quelques jours nous ne savons rien de ce qui se passe ailleurs Tu dois le savoir mieux que moi, nous n’avons pas grand monde devant nous et se sera difficile demain ou après demain de pénétrer en Alsace ou les chasseurs qui sont devant nous sont déjà.Tout est calme ici ,aucune femme du pays est partie elles sont toute prete a leurs  fonctions d’infirmière .Sois calme petite aimée ,écris moi chaque jour ou très souvent.D’après ma lettre tu vois que nous ne sommes plus à Ramonchamps nous nous sommes approché de la frontière ,nous sommes qu’à une heure de marche ,santé parfaite,moral excellent,le mien comme celui des autres hommes de régiment.

 le 6 aout

Nous attendons tous avec impatience de passer la frontière .Nous ne savons absolument pas ce qui se passe en France .Il y a deja des prisonniers allemand dont un officier .Nos réservistes sont arrivés ce matin.J’ai un officier de réserve qui parle très bien allemand ,il me sera d’un grand secours .Nous sommes très très bien ici ,bien nourris .

 

L’ordre d’avancer arriva enfin dans la nuit du 6 au 7 .A une heure du matin ,le régiment commenca son mouvement sur l’Alsace formant le gros d’une colonne qui avait comme avant garde le 19ème chasseurs.

A 4heure 10 il franchit la frontière sous le tunnel de bussang que les allemands empéchés par les chasseurs qui occupaient le col n’avaient pas eu le temps de faire sauter  .La traversée du tunnel se fit par sections ,baionnettes ,au pas de courses et au cri de « En avant! »L’entousiasme faisait battre tous les coeurs.Déja tous les bras crépitaient par intervalles,la fusillade les chasseurs aux prises avec les éléments de couverture ennemie.Au sortie du tunnel, se dressait autrefois le poteau frontière mais les chasseurs lui avaient déjà  fait mordre de poussière .Maintenant que l’aigle allemand n’était plus la pour narguer,l’alsace semblait déjà  rendue a la France !

Minutes inoubliables !c’était le sol des provinces perdues qu’on foulait !car elle était alsacienne cette vallée ou la route descendait par d’interminables lacets .Alsacien aussi ,ces ballons tout en formes arrondies montaient ,puissantes mais svelte tout de meme,dans l’azur matinal ,au dessus de la masse sombre de leurs contreforts  plongés dans l’ombre!c était l Alsace et on courait a sa délivrance!

On traversa  ,le premier village alsacien ,les habitants encore sous le coups des menaces faites par les allemands ,qui venaient de partir regardaient muets et le visage tragique,passe nos soldats sans faire un geste ni pousser un cri .Sur les marches de l’église ,priait et pleurait un groupe de femmes,de religieuses et d’enfants.A la sortie du village on fit halte . »Pourquoi n etes vous pas venus plus tot? »vient dire une femme a nos soldats « Vous aurez empeché qu on emmena nos hommes.Ils sont partis hier. »

La marche se poursuivit sans incidents  ;MAIS la partirent des coups de fusils .Des patrouilles ennemies voulaient interdire a l’avant garde le passage du front mais après un court combat qu ne leur  couta que  quelques blessés,Les chasseurs franchirent la rivière ,et le régiment continua sa marche sans etre inquiété jusqu au moment ou la tete de la colonne pénétra dans wesserling.La , cependant l’ennemi ,qui s’était retiré sur une pente nous opposa une vive résistance.Les compagnies quittèrent alors la route .Quelques chasseurs passaient blessés et des balles sifflaient .Les visages devinrent graves .Le lieutenant qui avait apporté des dragées pour le bapteme du feu , en offrit aux hommes de sa section .

Le feu nourri des mitrailleuses allemandes entravait toute progression.Le 2ème bataillon recut alors l’ordre d’appuyer l’avant garde mais les fractions d’infanterie qui tentaient de contourner l’adversaire ,se heurtaient aux incessantes rafales de ses mitrailleuses.

Le commandant décida de soutenir l’ action par une batterie ;celle ci prit prit position sous le parc de wesserling quelques salves bien réussies et la manoeuvre menacante sur la droite de l’infanterie ,rendirent la position intenable  pour les allemands et les contraignirent a l’évacuer .Ils se replièrent en toute hate ou un train les attendait les emmena avant qu’on  n’eut pu les rejoindre.nous avions eu à faire à deux compagnies .

Dépassant les chasseurs ,on marcha alors en tete de la colonne. On arriva à st Amarin.La population y manisfesta peu ses sentiments .Les gens étaient navrés du départ de tous les hommes en age de porter les armes ,mobilisés dans l’armée allemande,et l’on sentait une réserve craintive.Il devait en etre de meme à Moosch ,àWiller,à Bitschwiller,villages qui se succèdent le long de la verdoyante vallée ,partout les habitants craignaient un retour offensif des allemands .Vers 16 h on arriva enfin ,toutes les pittoresques maisons se groupent à l’entrée de la vallée ,au pied de son vieux chateau en ruines,depuis le matin le régiment avait fourni une étape de près de 40kms par une chaleur accablante.Les hommes n’en pouvaient plus .Mais ils se redressèrent et ce fut encore une belle allure que l’on défila dans la petite ville que l’ennemi  venait d’évacuer.La population laissa déborder ses sentiments et une foule immense vint feter nos soldats .On leur donna des fruits,des gateaux et on leur versa à boire L’enthousiasme était indescriptible .Des jeunes fille les embrassaient .les enfants les entouraient d’une admiration curieuse .Les anciens combattant de 1870,qui qui avaient arborés leurs médailles ,pleuraient de joie.Aux fenetres flottaient déjà les couleurs francaises.La municipalité elle meme fit à nos officiers une touchante réception .

 Husseren-Wesserling

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